Mon travail s’articule autour d’un ensemble de gestes récurrents – regarder, collecter, toucher, dessiner, effacer, redessiner, scanner, peindre, superposer, juxtaposer, corriger, aplatir – qui constituent le vocabulaire quotidien de ma pratique. Ces actions se déploient à travers des médiums souvent classiques, du dessin d’un objet dans un carnet jusqu’à la peinture de grand format, où la figure humaine réapparaît fréquemment sous une tonalité mélancolique. Ma recherche circule ainsi entre dessin, peinture et sculpture, avec le désir constant d’interroger ce que l’image révèle, dissimule ou retient.
La peinture devient un espace d’expression privilégié, à partir duquel j’explore librement les questions qui me traversent, notamment celles liées à l’image contemporaine et à ses modes de représentation. J’y convoque des images enfouies dans mon propre répertoire, que l’immobilité transforme et réactive, dans une tension entre artificialité et réalité. Le sens de mes œuvres émerge de la relation entre différents éléments – sujet, motifs, couleurs, fissures, traces d’usure – où l’objet photographié se mue souvent en sujet pictural.
La matérialité de l’image, tout comme les outils et les supports qui la rendent visible, occupe une place aussi essentielle que le motif lui-même. Elle me permet d’explorer les contrastes de clair-obscur, les variations de netteté et de flou, jusqu’à réduire la forme à son essentiel : composition, structure, architecture de l’image. Je tends vers des peintures sobres, dépourvues de narration, limitées en matière comme en effets, construites à partir d’une palette restreinte – des qualités que je reconnais également dans la photographie.
Ma production se développe ainsi à partir d’images issues de mon répertoire et des transformations qu’elles subissent. Ces peintures, en résonance avec d’autres images antérieures ou latentes, participent à la réactivation d’émotions artistiques et formelles, longtemps demeurées enfouies dans la mémoire.




