« L'art n'est jamais terminé, seulement abandonné »,
« L'art n'est jamais terminé, seulement abandonné »,

Ma production se développe ainsi à partir d’images issues de mon répertoire et des transformations qu’elles subissent. Ces peintures, en résonance avec d’autres images antérieures ou latentes, participent à la réactivation d’émotions artistiques et formelles, longtemps demeurées enfouies dans la mémoire.

Solastalgie

Avec Solastalgie, je poursuit la réflexion sur la mémoire des images et leur charge émotionnelle à l’ère de la saturation visuelle. Réalisée à la machine à écrire, cette oeuvre (160 × 90 cm) représente le décollage d’une fusée, dont la trajectoire laisse une longue traînée de fumée s’élevant dans le ciel, avant de se dissiper au-dessus d’un nuage dense et architectural au sol. L’image, fragmentée en sections superposées, rappelle une cartographie instable de l’instant, comme si la mémoire de cette scène s’ancrait dans un espace discontinu.

Le titre, Solastalgie, évoque un sentiment de détresse face à la transformation irréversible de l’environnement. Ici, la machine à écrire – outil désuet, lent, mécanique – devient un médium de résistance à la fluidité numérique. Elle impose un temps long, une image construite caractère par caractère, à contre-courant de l’instantanéité technologique. L’image ne s’impose pas, elle se révèle, elle se mérite. Ce processus patient est au coeur de ma démarche : faire advenir une image par accumulation, par stratification, comme on exhumerait une archive.

Loin d’un geste nostalgique, ce travail est un acte de réactivation. Comme souvent, la source initiale de l’image est empruntée, trouvée, croisée au détour d’un livre, d’un écran ou d’un souvenir. Elle est ensuite mise en latence, attendant le moment propice pour renaître dans une autre forme. À travers ce dispositif formel, je questionne non seulement notre rapport à l’image, mais aussi à la mémoire, au progrès, et à la place de l’humain dans des récits de puissance technologique souvent ambigus.

Solastalgie s’inscrit dans une pratique où sobriété formelle et maîtrise technique coexistent avec un regard critique et poétique. En renonçant aux effets et à la couleur, j’opte ici pour une image austère et silencieuse, qui n’impose pas un sens immédiat mais invite à la contemplation. L’oeuvre devient une sorte de palimpseste contemporain : une image du futur née d’un outil du passé, et dont le sens reste ouvert, à reconstruire par celui qui regarde.

Solastalgie

160 x 90 cm
Dessin à la machine à écrire
2025

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20 x 25 cm
Dessin à la machine à écrire
2013